Voeux pour 2004


Je voudrais pour toi une année à venir toute emplie de la sensualité de l'action et du bonheur de la pensée en marche,
une année où ton chemin sera aussi beau que le terme entr'aperçu de ton voyage.

Aujourd'hui nous voici face aux chiens de l'ordre noir, mangeurs de charogne, inquisiteurs décharnés,
éradicateurs de la pensée, metteurs d'ordre et serveurs de soupe, normalisateurs brutaux et tueurs des faibles.

Ils nous voudraient mendiants serviles, esclaves obséquieux de nos oppresseurs,
lécheurs de gamelles fascinés par les pauvres pantins qui se proclament nos maîtres.

Nous leur rirons au nez.

Nous fabriquerons malgré eux l'art pensif et joyeux qui illuminera le présent et ouvrira l'avenir.

Nous écrirons en tout lieu : ici, le jardin du rire qui pense.

Nous invoquerons ensemble Lysistrata et Socrate, Orphée et Spinoza, Jason et Louise Labé, Hannah Arendt et Henri Michaux,
et les baïonnettes se transformeront en fleurs de rhétorique.

Nous serons les partageux, et les possédants se dessécheront, assis sur leurs trésors imbéciles,
le cul plein d'or et la tête pleine de merde.

Où qu'ils soient, nous serons à côté, ailleurs, plus loin, parce qu'ils ont les pieds de plomb et que nous aurons des ailes de vent.

Nous imaginerons ensemble, nous assemblerons les bribes d'idées nouvelles qui, déjà, circulent à l'air libre,
nous construirons, de tribu à tribu, un mode d'échange de chaque jour, et les rois et les banquiers seront nus.

Même notre colère sera joyeuse.
Nous la danserons ensemble autour de leurs momies.

Ils ont besoin de nous, nous n'avons pas besoin d'eux.

C'est là le secret qu'ils ont voulu nous cacher.

Trop tard.

Aujourd'hui, nous leur rions au nez.




Fête des feuilles 2007 - "frisson de vie" - oeuvre de Vivans - photo © Stéphane Rambaud





lettre pour 1997